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Vous et moi, approchons-nous ensemble de cette poésie visuelle qui n’appartient qu’à Jacob Reymond. Pour y découvrir, entre vivacité et nonchalance, divagation et composition, les entrelacs d’un rêve éveillé-émerveillé. Pour découvrir un paysage noir et blanc le plus souvent, à l’écart de toute figuration, peu porté à singer les apparences, qui serait le paysage d’un moment, d’une humeur, d’une hardiesse où tout est possible. Et pour lire ce que dit sur le papier sa main sans mots, ou presque.
Dans un échange au long cours l’artiste confie à l’écrivain : « J’aime me promener dans tes mots qui mènent je ne sais où, je ne sais quand, et qui poussent, insolents, sans se préoccuper du temps qu’il fait ». La prose d’Alain Blanc est traduite en peinture par Jacob Reymond, dont les multiples tableaux en retour nourrissent les phrases de l’auteur. Toute en allers-retours une même énergie les anime et augmente leurs expressions.
Emportées par le sens et la musique des phrases, mains, bras et corps du peintre s’expriment en hâte sur la feuille blanche (et noire parfois) afin de les donner à voir dans une autre langue, celle d’une dance aussi libre qu’euphorique. « Fulgurante, l’ivresse de peindre sans garde-fou ! » s’écrie-t-il.
Dans la brièveté du geste, Jacob Reymond dépose, disperse à la volée ses propositions graphiques comme l’auteur qui ne s’occupe guère de développer une prose souvent tentée par le prosaïque.
Seul importe l’éclair, l’éclair et ce qu’il révèle, sans attendre la lumière laborieuse d’une expression apprise, convenable, convenue. René Char : « Si nous habitons un éclair, il est le cœur de l’éternel. »
Exaltation, effervescence, urgence avant les calculs et les préméditations… mais peut-être au bout du compte l’inachèvement au lieu d’une perfection de marbre ?
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L’auteur entremêle ici en une prose ramassée, poétique ou non, quelques-unes de ses questions de prédilection ou si l’on préfère de ses obsessions récurrentes. Il cède à leur tentation en divaguant non sans application parmi ses démons familiers. Il s’emploie à penser comme la montagne déclarant qu’une pierre qui roule la débarrasse d’un alpiniste. Il admet qu’il n’est point taraudé par un sens de l’histoire qui n’en a guère, et auprès de Chamfort, Bierce, Cioran ou Abbey, il se prendrait pour le roseau pensant, voire le salsifis songeur cher à Alexandre Vialatte. Au vrai à peine pensant et sans excès d’illusion.
Ces mots que nous croyons nôtres, si pesés qu’ils soient, ne sont-ils pas tout aussi volatils que nos paroles du moment ?
Mais… mais à pas de louve ou de buffle nos mots n’en laissent pas moins belles et brèves traces… Écrites dans l’oreille, dans la solitude de la nuit, les mouvements de la peinture, la mémoire de chacun. Ces empreintes ouvriront sentiers, ramifications et vertiges.
Cet ouvrage s’attache aux vertus de l’encre sous forme d’aphorismes, se nourrit de considérations incisives sur la peinture gestuelle, et dévoile divers vertiges venus des nuages, ainsi qu’un mini lexique, une salade de proverbes et une prose sur un bleu compulsif, quelques poèmes désabusés penchés sur l’air du temps, et comment faire son miel de toutes sortes de miracles… avant de s’aviser que nos mots bientôt auront cessé de bruire…
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• Jacob Reymond, une quarantaine de peintures
• Format 21 x 30 cm
• 96 pages
• Parution mars 2026
• Prix annoncé : 32 €
• ISBN 978-2-35128-241-0
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