Du ciel sur la paume

de
Muriel STUCKEL

Illustrations :
Baumel Hélène
(encres)

Parution en septembre 2016

• ISBN : 978-2-35128-116-1

• format : 21 x 15 cm

• pages : 128

• 19 encres d’Hélène Baumel

• préface de Pierre Dhainaut

Prix : 21.00 euros



Poème de la main sur la main, "Du ciel sur la paume" confie la parole de poésie à ce qui permet de la faire advenir sur la page. Du prélude au finale de cette composition en sept mouvements, c’est la main qui dit je, cherchant la note juste pour tracer sa « gestuelle vocale » jusqu’au silence ultime, pressenti.
« Le poème qui se demande quelle est la nécessité de ses mots, de leur origine, de leur trajectoire, le poème du poème, ne s’enferme pas pour autant en lui-même, laissant le lecteur à l’écart. Le nouveau livre de Muriel Stuckel en témoigne, qui nous révèle la mise au monde d’un poème ; elle est celle de l’auteur également, son ardeur est si grande qu’elle se communique, elle devient la nôtre. "Du ciel sur la paume" le rappelle : la poésie est au cœur de nos vies, quels que soient nos actes, ce qui sans cesse les élargit. Nous l’étouffons quand nous lui imposons des limites. Nous comprenons que nous ne serons jamais assez vigilants, généreux, offerts. »
Pierre Dhainaut


Partition paginale

sans pause ni soupir

les mots s’agitent

me brûlent les doigts

flambée de notes

blanches et noires crépitent

dans la substance de la page

partition abyssale

sans pause ni soupir

le poème flambe

gouffre de résonance


Muriel Stuckel est poète, critique, professeur de littérature en khâgne au Lycée Fustel de Coulanges à Strasbourg. Outre des articles, des proses, des poèmes en revues, elle collabore à des livres collectifs et à des livres d’artistes. Aux éditions Voix d’encre, elle a publié en 2011 "Eurydice désormais" (peintures de Pierre-Marie Brisson, préface d’Hédi Kaddour) et en 2013 "L’insoupçonnée ou presque" (peintures de Laurent Reynès, préface de Bernard Noël, sélection du Prix Mallarmé 2014).

Hélène Baumel est artiste graveur, plusieurs fois lauréate de prix de gravures, expose très régulièrement en France et à l’étranger. Elle réalise aussi des livres d’artiste avec des poètes contemporains. Aux éditions Voix d’encre, elle a illustré les recueils de Max Alhau, "À la nuit montante", "Du bleu dans la mémoire" et a participé à l’anthologie "Écrire et peindre au-dessus de la nuit des mots".





Voici quelques extraits d’un article d’Angèle Paoli publié dans la revue EUROPE (n°1046-1047-1048, juin-juillet-août 2016).

« Écrivains et poètes sont convoqués dans ce dernier recueil. Octavio Paz, Samuel Beckett, André Du Bouchet, Valère Novarina, Victor Hugo. Mais aussi Rilke, Paul Claudel, Yves Bonnefoy et Paul Auster. La main est le point de trame qui les réunit dans chacune des citations choisies. Tous sont des points cardinaux qui jalonnent l’écriture poétique de Muriel Stuckel. La poète pose leurs mots comme des étoiles qui guident ses propres interrogations, aspirations et recherches.

(...) Sur la page d’écriture, les mots sont « flocons », insaisissables, vaporeux. La poésie de Muriel Stuckel est aspiration à la légèreté. 

(...) Envol des mots, envol des notes, envol des touches et des couleurs, mouvements vifs des masses qui s’extraient,surgissement des trois arbres. Avec, en alternance, des marque-pages-paysages qui ponctuent et traversent l’espace à la verticale. Écho intense des encres avec les mots. 

(...) La poète convoite l’exactitude du point, ce moment essentiel et vibrant qui voit surgir le mot, en adéquation avec la pensée. Le rêve de l’aile est sans doute rêve icarien de l’envol, rêve mallarméen vers l’azur mais plus encore ici cet instant de la poésie prise dans le mouvement originel de sa naissance et de son éclosion. La paume de la main rejoint « la paume de l’espace ». La page-poème rejoint la partition musicale. De cette vision exaltée où les mots, plumes et ailes se répondent, s’échangent, se convoitent et se combinent, naît une gestuelle ample. 

(...) La traversée poétique du recueil Du ciel sur la paume est riche et multiple. Foisonnante et belle. Il faut prendre le temps de s’approprier cette poésie d’une temporalité autre, imprégnée de symbolisme mallarméen. Muriel Stuckel puise sa force énergisante dans le creusement de l’indicible et son expression majeure dans un lyrisme affirmé et exigeant. Une prise de risque qui n’exclut nullement l’humain. Bien au contraire. L’expérience de la mort guide le poème vers son universalité. Celle d’une émotion contenue qui se partage dans un silence en si mineur. »


La note de lecture d’Olivier Massé, parue dans la revue DIÉRÈSE (n° 68, été-automne 2016).

"Noces somptueuses / de la voix secrète / et de l’encre jaillissante". La création, passage du ciel sur la paume, passage d’un monde muet à l’expression. Dans cet ouvrage de haute tenue, accompagnée des encres d’Hélène Baumel, l’auteure réalise sa création et rend sensible toute création. En effet, parcourant cette centaine de pages, nous assistons, lentement, minutieusement, à toutes les étapes de ce mouvement, de ce passage vers une autre existence. Mieux, nous les vivons, immergés dans un rythme dont l’on perçoit bien la respiration, grâce aux distiques et monostyches, souvent les pentamètres ou hexamètres de l’inspiration ou de l’expiration pudique, se saisissant elle-même. Ainsi, du néant à la lumière, tous les degrés les plus subtils affleurent, se manifestent, passent. Confiants en la maîtrise de la poétesse, tout en partageant sa prudence, nous saisissons "ces signes de l’insignifiance" comme une occasion exceptionnelle dans leur processus le plus subtil, "Spirales de l’obscur / ces parcelles de mots / que j’arrache / à la torture blanche de l’invisible // juste avant la pensée / et son risque d’embrasement". Chaque page est ainsi pour son lecteur source de respiration, de méditation, de plongée. Car il s’agit de l’intime, du périlleux, de l’être fragmenté ou à peine visible, risquant l’erreur, l’emballement où il faudrait disparaître d’une autre manière, "se perdre s’abolir / se taire". À la jonction de plusieurs mondes, enfin, "le poème s’échappe", et l’on poursuit, sans relâcher sa vigilance, en célébrant une joie fondamentale, celle de la beauté, de l’intuition dans son sens le plus réel, le plus secret aussi. L’on termine par cette célébration de la poésie, du ciel sur la paume, images simples et sensibles, reprises avec conviction, achevant la création avec valeur d’un "masque mortuaire". Un dernier hommage, fait d’émotion et de grandeur, également, à Mizzi, l’amie musicienne disparue.


La note de lecture de Marilyne Bertoncini, parue sur le site recours au poème :

>http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/muriel-stuckel-du-ciel-sur-la-paume/marilyne-bertoncini]