L’iris marchait de son odeur...

de
Alain BORNE

Descriptif : • ISBN : 978-2-35128-091-1

• format : 16 x 24 cm

• fac-similés de manuscrits

• pages : 96

• PARUTION : mars 2014

Prix : 19.00 euros



Après les trois anthologies de poèmes inédits du poète publiées chez Voix d’encre, voici un nouvel opus composé de divers textes en vers comme en prose : "L’iris marchait de son odeur...", une longue suite poétique inconnue jusqu’à ce jour, suivie de poèmes récemment retrouvés, d’un autoportrait de l’auteur, de son "art poétique" extrait de deux conférences ainsi que de lettres sur Dieu et le mariage.

Comme les précédentes, la présente édition est établie par Alain Blanc.


SOMMAIRE

L’iris marchait de son odeur...

Quand les gros singes...

Abefi pour les cinquante-deux semaines

Suggestion de Montélimar

J’irai ailleurs et pour toujours...

Il règne une nuit pâle...

On ne vit plus rien...

Avec des pinces de glace...

Étude

Alain Borne par lui-même

Conférences et lettres


On pourra consulter un bel article de Max Alhau sur le site de la revue Texture :

http://revue-texture.fr/spip.php?article624

Et lire le compte rendu d’Isabelle Lévesque, publié dans la revue Diérèse no 67 (printemps 2016) :

L’iris marchait de son odeur, suivi de proses et poèmes inédits

"Appuie ton sang jusqu’à la douleur. Fais-en un grand éclair".

Pour débuter, l’énigme d’une personnification filée ou enfilée, métaphore d’un collier aux perles irrégulières et uniques, l’une retenue pour le titre :
« L’iris marchait de son odeur de sa couleur, tirant sur ses racines, rendant du sol le meilleur bleu, le plus pointu de sa saveur. »
Prolifique, le poème est gorgé de sensations. Hyperbolique attrait de perceptions mêlées, synesthésie, cet univers poétique suppose une plongée dans l’organique et le végétal. "À bras le corps", en devise.

L’iris, c’est nous, lui, « on ». Une identité définie, limitée, le goût du vivant sur les lèvres en pétales offerts : une fragilité demeure où flamboyer. Propriété du vivant : "il se divise pour se multiplier", il se blesse. Deux poèmes en prose ouvrent le livre, assénant une vérité (un regret ?) : « on est iris ». En face du premier poème, l’écriture d’Alain Borne, étirée, allongée, la page manuscrite sur laquelle peu de ratures témoignent : le repentir, non, la coulée, l’instinct. L’appel à la vie, limitée et fragile, sur le seuil, cette seule vérité.

La sensualité relaie la perception des couleurs. Pour s’éprouver vivant, la morsure entre dans le vers cette fois, troisième texte, faisant entendre un appel impératif à l’élan du désir qui se nourrit du corps et bat au rythme du poème, la chaleur rejoint le mouvement d’écrire :
« Écris, tu n’as que cela contre la mort, dans peu de temps ton nom sera mâché comme un trèfle par une roue »

Cette écriture vibrante se nourrit d’images juxtaposant les couleurs et les sons pour une symphonie que la mort regarde, nous devinons la fin. Prédiction : le texte se détachera du vivant que fut le poète, pas une « écaille » pour relier les mots à celui qui les proféra. Pas un regret non plus : le chant, de toute la force de la voix, de toutes les ressources de la langue, préfigure une forme de vie du texte, même détaché de son créateur.

En ces poèmes, le sang, beaucoup de sang. Garant de l’encre, de sa coulée fragile et victorieuse, et les répétitions assénées (« Rêve, rêve, rêve, écris, écris, mais vis surtout. ») : écrire s’en nourrit (s’en convainc). Les mots s’appuient sur ces redites, chacune plus forte, enracinée, lance « en un grand éclair » une force démiurgique qui fonde le poème et la « jouissance » de l’écriture. Carpe diem et lecture où "se désespérer" ne retient rien.
Les gestes sont nombreux (« Voici »), on montre, on désigne dans le poème. La comparaison fonde une lecture du monde où l’on veut se représenter en images signifiantes et actives l’être de « l’arbre » et du « ciel », « comme un cœur dans le réseau des vents ». Il faut prouver la vie pour la retenir. Contraste des couleurs, appel au lecteur qui doit réagir, éprouver, passer par la gamme chromatique des douleurs et des joies. « À peine »... il semble que tout soit réversible dans l’immédiateté du passage d’un état à l’autre (de la vie à la mort), le poème alors alterne la description et le discours où le narrateur en appelle au lecteur : qu’il réagisse et se laisse guider en forêts de sensations où le corps garde secrète sa pulsion vitale qui ne se dérobe pas. Elle capte l’entour, la vivacité d’une couleur ou d’une odeur prise en deux vers comme on constituerait un herbier de pétales entre les pages, les libérer pour les rendre à la lumière, qui les gardera vivants :
« Sois, prends, demeure », injonction capitale. Teneur de vie, les mots, autant que le mode impératif. L’action au cœur de vivre : captation sans faille et expression du désir qui inonde et fait se cabrer la mort imminente.

Dans ce livre aux assises végétales, les comparatifs de supériorité affluent comme un lexique du degré extrême. Impossible d’y échapper, sur la fibre mortelle s’érige la raison de vivre. On frôle l’oxymore, entre tout et rien, le poème se balance et, dans l’interstice (« tu vis dans l’étoffe »), l’enracinement toujours en ce monde concret, palpable, en ce tourment que seule l’exultation organique éloigne, « toutes tes nervures extasiées de sperme ». Les termes aux extrémités tranchantes se jouxtent, « glaives »,« silex cassé », ils touchent les ailes de la mort à cet instant où la menace cesse. Efforts d’une volonté paradoxale. Éprise d’idéal, elle est condamnée à l’instant, doit recourir à une violence ou à l’auto-persuasion pour vivre :
« Tu es. Crie-toi que tu es. Ne cesse de te le dire. »

Le choix n’est pas, vivre impose un rythme fou de séquence et de bribes : « aujourd’hui », « tu créeras des ciseaux plus puissants ». En ce lieu de passage et de lutte, l’oiseau figure l’aile, comme on la tranche, le vol suspendu d’un "topoï", temps mutilé autant que malmené, c’est pour le savourer, éviter la faux qui veut briser l’éternité, « oiseau pris dans le nid de mourir ».

Des aphorismes coupent les injonctions, incursions d’une sagesse empirique et définitive pour sceller le pacte de vivre :
« À mourir mourir n’est pas remède »

La fusion seule, les vœux énoncés au mode conditionnel sont suivis d’infinitifs définitifs (« camper », « coucher », « dormir dans le drap de ta peau ») aussi littéraux que métaphoriques. Sans adresse, ils sont employés absolument comme si la fusion des corps et l’union avec la nature, florale essentiellement, ancrait le constat de vivre :
« Rude, sois rude, ne donne pas de poésie apprivoisée. N’apprivoise pas ton cœur : il ne sera jamais assez sauvage. »

Le poème coupé offre le fil du rasoir, Alain borne l’exprime lors d’une conférence, reproduite dans une des proses inédites qui suivent "L’iris marchait de son odeur" :
« L’amour, la vie, la mort. Rien en dehors de cela. »

En lutte, ces trois instances constamment dans les poèmes en prose ou en vers de ce livre. Rien ne console de vivre où seul mourir répond.