La main de neige

de
Marc LE GROS

Illustrations :
Labrunie Anne-Flore
(encres)

Descriptif : • ISBN : 978-2-35128-066-9

• format à l’italienne : 24 x 16 cm

• pages : 96

• illustrations : 17 encres d’Anne-Flore Labrunie

• avant-propos : Alexis Gloaguen

• PARUTION : MARS 2011

Prix : 19.00 euros







Il y a dans ces pages quelque chose d’impalpable, d’aérien, de spirituel, comme un aspect visible du silence. La Main de neige, jamais définie, ce qui contribue à sa force poétique, étendue sur l’ensemble du recueil, c’est un peu une présence, mais la présence qui (chez Platon et ses successeurs mystiques) rend possible toutes les autres présences. Non pas Dieu, mais plutôt une matière immatérielle, quelque chose comme le secret de la vie, que nous méconnaissons (pratiquement tous et ce devrait être à notre grande honte), dès lors qu’il nous paraît banal d’être en vie. C’est ce silence habité qui reste, dès lors qu’on a retiré tous les bruits - et que les preneurs de son connaissent bien, car rien n’est plus faux que de remplacer le silence par un “blanc”. Le silence s’enregistre comme une greffe du monde, dès lors qu’il n’y a plus aucun bruit. Évidemment, tu transportes ce paradigme dans d’autres domaines : le sentiment, la nostalgie, la poésie... La Main de neige, c’est ce qui sous-tend toutes choses, c’est aussi ce que qu‘on ne dit pas lorsqu’on se parle, mais qui fait qu’on est ensemble et bien ensemble. La Main de neige, c’est la pureté d’une Sophie Scholl et sa “Rose blanche”, la rébellion perdue d’avance de cette étudiante décapitée par les sbires d’Hitler. C’est le grand camélia blanc qui tombe avant de faner. C’est quelque chose de tellement poignant que tu dois introduire çà et là, dans ces poèmes, des notations triviales (mais entièrement justifiées) pour l’exorciser. C’est aussi la neige qui existe quand il n’y a pas de neige, une sorte de couleur du monde, vue de l’extérieur du monde. C’est la mort d’un ami et ce qui reste à vivre avec sa présence qui a pris forme intérieure. C’est le regard permanent des oiseaux et, à certains égards, comme je l’avais écrit dans un poème d’adolescence, le mépris tranquille des bêtes sur les hommes. C’est le temps qui a passé et a fait du monde que nous avons connu un monde inaccessible, le terrible Nevermore de Poe. C’est - tu le dis très bien - la relation entre l’âme et les mots, une attention disparaissante et de plus en plus rare à leurs couleurs. C’est le savoir que l’apparente éternité de la nature nous échappe à mesure qu’il nous est laissé de moins en moins de temps pour la goûter. C’est le dialogue de plus en plus prégnant du noir et du blanc avec, de temps à autre, des couleurs portées en traces d’acides sur la floraison des flocons : le corps vert de la rainette, le plastron du rouge-gorge. Ce sont les voyages que nous avons faits dans nos rêves et à partir des musiques mises en place par les mots : visions de montagnes, nuits de planètes éloignées, harmoniques de l’amour. Tu le dis, dans le poème 28 : “À peine s’il reste un mot parfois, qui tremble, / Sur le bout de la langue”. C’est un très grand livre sur la mort et l’amour de la vie.

Alexis Gloaguen


Le livre semble répondre à l’injonction de "voir enfin les choses en face / de prendre ces jeux d’hiver et puis ces mots qui chantent si bien / sur la page blanche / pour ce qu’ils sont / un joli livre pour enfants".

Dans ce long poème à l’ange et aux corbeaux, Marc Le Gros recompose la saison des intuitions mystiques, tout près de l’enfance et du silence des oiseaux.

Daniel Morvan (Armen, juillet-août 2011)


Marc Le Gros est né en 1947 à Morlaix dans le Finistère nord. D’une petite enfance passée dans le port trégorrois de Térénez où il s’initie très tôt aux rituels des grèves locales, naîtront, quelques décennies plus tard, les proses d’Éloge de la palourde. L’ouvrage, publié en 1996 chez Flammarion et récemment réédité chez l’Escampette recevra de nombreux prix dont le prix Grandgousier et le prix des Écrivains Bretons.
Ancien élève, dès 1970, des premiers “cours d’ignorance” de Georges Perros, il consacre à ce dernier un petit livre en 2006. Auteur d’une thèse sur Arcane 17 d’André Breton, il a publié chez Calligrammes, Apogée, Caplan, Wigwam, l’Escampette, La Part Commune une trentaine d’ouvrages, récits de voyage, essais, proses mais aussi et surtout des recueils de poèmes comme Mémoires de basse, Manière noires, Paysage aux neuf corbeaux ou encore, l’an dernier, Trois Lointains avec oiseaux. Il travaille avec de nombreux peintres comme Henri Girard, Maya Mémin, Jean-Pierre Thomas ou Vonnick Caroff.


De la calligraphie étudiée aux Arts Appliqués de Nice, Anne-Flore Labrunie a gardé l’essentiel : le grand silence qu’ili y a entre les mots. Elle applique à la lettre ce principe dans son travail. La soustraction semble plus l’intéresser que l’addition. Entre deux mondes elle choisit le moindre. Le délié plus que le plein. Le clair. Que ses projets prennent forme dans la musique, la danse, la vidéo, la photo, l’architecture, la céramique ou le papier, elle agit de telle sorte que le trait et l’idée philosophique sont indissociables. Elle a le pinceau penseur...

Jean Eimer


L’artiste a illustré le livre de Laurent Croizier, La Lyre du diable, paru aux éditions Alternatives en 2008.