La Passion considérée comme course de côte

de
Alfred JARRY

Illustrations :
Jarry Alfred & Bonnard Pierre

• ISBN 978-2-35128-040-9

• format : 16 x 24 cm

• pages : 64

Prix : 16.00 euros



Le père de Monsieur Ubu, le père du Docteur Faustroll, Jarry “celui qui revolver” pour reprendre le mot d’André Breton. Et encore le père de la Pataphysique, science des solutions imaginaires, science du particulier étudiant
les lois qui régissent les exceptions...
Tout Alfred Jarry est dans chacune de ses œuvres et réciproquement. Qu’on lise, ou relise, les chroniques réunies ici, publiées dans La Revue blanche en 1901 et 1902 ainsi que dans l’hebdomadaire satirique Le Canard sauvage en 1903.
Ces articles sont épicés d’un assortiment de propos nourris par les observations d’un écrivain sur l’homme et ses mille occupations, lesquelles sont toutes égales, grotesques et sublimes, très considérables et très microscopiques. Un
écrivain à la stupéfaction jamais épuisée... L’humour jarryque fait son miel du spectacle de la vie sous toutes ses formes, un miel d’une décontertante saveur. Et dans la vie - grâces soient rendues de tout au Seigneur - le revolver, l’absinthe et la bicyclette restent toujours à portée de main !





C’est le désert... On met du sable par terre, plutôt de la sciure de bois : tous les arbres ont été convertis en sciure, et ceux qui ne le sont pas on les appelle des oasis. On met du sable par terre pour que le chameau, animal maladroit qui tombe souvent, ne se fasse pas de nouvelles bosses.

Les plumeaux, ce n’est pas ce qui manque ici. Ils sont fort grands, c’est pourquoi on les appelle des palmiers. Ils poussent la plume en l’air. Il fait trop chaud pour qu’on se donne la peine de les retourner.

Mais prêtez l’oreille, Marforio, je vais vous confier un secret : le pape n’est ni mort, ni guéri, ni malade, ni vivant.

Mais ce n’est pas une raison, si je n’ai pas vu le pape, pour qu’il n’existe pas. Vous-même, Pasquin, avez-vous vu Dieu ?
Si je l’avais vu, je me méfierais. On ne montre que ce qui n’est pas sûr, pour inspirer confiance.

Le suffrage universel a ceci de bon qu’il désigne sûrement, infailliblement, quelqu’un qui est atteint de la folie des grandeurs.

On n’a point oublié cette récente et lamentable affaire : à l’autopsie, on trouva la boîte cranienne d’un sergent de ville vide de toute cervelle, mais farcie de vieux journaux. (...) C’est une des gloires de ce siècle de progrès que la grande diffusion de la feuille imprimée ; et en tout cas il n’est point douteux que cette denrée s’avère moins rare que la substance cérébrale.